Amours mauvaises

26 juillet 2008

zorro

Publié par ysus dans nouvelles brèves

masque « Diane ! Viens ici. Viens, j’ai à te parler. Tu vas t’excuser. Ca ne va pas, pourquoi te permets-tu de tenir des propos pareils ? Elle est extrêmement peinée. Tu t’excuses sinon ça va mal se passer. Tu vas arrêter de te comporter comme ça avec elle qui fait tout pour que tu te sentes bien. J’attends ta réponse. »
« Pardon, Papa, je m’excuse, je ne pensais pas ce que j’ai dit. »

Juillet, j’en avais marre du collège, toutes ces histoires entre Julia, Amine, Pierre et moi. Ca suffit, ça m’énerve et je ne peux rien faire. Papa m’a emmenée en vacances.
Nous sommes dans l’arrière pays de la côte d’azur, je ne sais même pas où. Nous dormons dans une ferme, les propriétaires sont gentils, mais j’ai été angoissée chaque soir, il y avait des araignées partout. Ce matin, nous partons, il est six heures, je suis fatiguée. Mon cheval, Max, est déjà réveillé, il est doux, tranquille et pourtant il est aveugle du côté droit. Un caillou pointu lui a crevé l’œil quand il était petit. Je l’aime tant, il est si calme, j’aime même son odeur de foin et d’animal, sa peau est lisse et tendre, j’adore l’embrasser, rien de mal ne peut venir de lui. Et je dois le quitter, on s’en va, a dit Papa. Je suis désemparée, j’ai du chagrin, je voudrais rester toute ma vie avec Max.

Ils déjeunent, ils ont encore sommeil, eux aussi, mais ils ne sont pas tristes, moi, j’ai mal au ventre, j’ai envie de vomir. « Diane, mange une tartine, tu auras faim tout à l’heure et tu voudras t ‘arrêter ! » Il ne comprend rien, je suis malheureuse. « Maman, tu crois que j’ai tord d’aimer Max si fort ? » Maman n’est pas là, bien sûr, et je m’en fiche, elle est à Paris et ça m’est égal, parce qu’elle pleure tout le temps et puis elle est bizarre avec sa bouteille de vin rouge qu’elle vide en vitesse le soir, derrière le comptoir de la cuisine. Mais elle, elle comprendrait pourquoi j’aime Max de toutes mes forces.

Nous sommes dans les voitures. Papa et moi, dans celle de Maman, elle la prête tous les étés parce que Papa a une toute petite voiture pas solide. Claude, la copine de Papa, est avec ses trois fils dans sa BMW, bien plus grande, devant. Nous allons dans la maison d’une amie de Claude. Elle a dit que son amie, Steph, est très sympa, elle a une grande propriété avec une piscine. Je suis contente d’avoir bientôt une piscine mais Max est resté tout seul, là bas, des nouveaux vacanciers vont arriver, peut-être gentils mais peut-être méchants. Tout ça me fait mal et pour passer le temps je m’imagine avec un super mari, super riche et super beau dans la super maison de Steph. C’est chez moi et toute la journée, je plonge dans la piscine et des domestiques très polis nous apportent des fruits et des cocktails au bord de l’eau. Bon, tout ça c’est débile, ce qui est vrai, c’est le voyage qui n’en finit pas. Les virages, les montées et les descentes me donnent mal au cœur. Papa dit que nous allons bientôt arriver, il enchaîne : «Tu va être polie et tu vas aider tout le monde dans la maison, c’est vraiment généreux de la part de Claude de nous accueillir chez Stéphanie. Tu sais que Stéphanie est un écrivain brillant, elle publie cet été son troisième livre et elle est très connue. Alors soit gentille, s’il te plait pas de caprice. »
Moi je m’en fous que Stéphanie soit brillante, c’est moi qui serai brillante, comme il dit, et Claude, dans tout ça, elle ne fait que nous présenter, surtout Papa d’ailleurs, qu’elle n’arrête pas d’embrasser sur la bouche, ça me dégoûte.

Je dormais, Papa m’appelle : « Diane, Diane, réveille-toi, nous sommes arrivés ! »
J’ouvre les yeux, barbouillée, trop chaud, soif. Mais tout à coup, ce que je vois à l’extérieur est démesuré : un jardin fabuleux, des fleurs rose, rouges, orange partout, des palmiers, un bassin, des jets d’eau, pas hauts mais quand même, et une pelouse immense, verte, émeraude, en pleine chaleur (celle de ma grand-mère est toute brûlée déjà). Un parc à perte de vue, avec l’allée qui tourne et retourne jusqu’à ce que je vois la maison. Enfin la maison, ce n’est pas vraiment le mot : je n’ai vu qu’un épisode de Zorro à la télévision, un mercredi, chez ma grand-mère, mais l’hacienda de Don Diego, était moins grande, ma parole !
La BMW de Claude s’arrête devant la maison et nous nous arrêtons derrière. La porte énorme en bois sculpté s’ouvre et une femme blonde en maillot de bain et paréo rose fuchsia, avec des ballerines de danseuse assorties, apparaît en sautillant, elle hurle : « Claudie, Claudie ! C’est top ! On est super content de vous avoir ! » Claude qui se déplie hors de sa voiture, n’a même pas le temps d’ouvrir les bras, la Stephucshia est déjà sur elle et l’embrasse à l’étouffer.
Elle est suivie par un mec grand, maigre, presque chauve en pantalon de golf écossais qui sort aussi de la maison de Zorro et s’approche de nous avec une drôle de démarche de funambule. Les lunettes de soleil à la main et un sourire que papa qualifierait, ça j’en suis sûre, de chaleureux sur les lèvres, il s’exclame : « Ma chère Claude, comme c’est charmant, vous êtes au complet, me semble-t-il ! Et, cher ami, vous devez être Charles, et voici la très jolie Diane ! Une merveille ! »

Nous sommes tous au bord de la piscine, je grelotte, c’est la fin de l’après-midi, le soleil est tout rouge, le vent s’est levé, sous ma serviette trempée, je me caille. J’ai sauté dans l’eau sans arrêt depuis plusieurs heures. Papa a joué avec moi à « touché-coulé » et j’arrive presque à tenir un poirier parfait. Steph a invité trois couples d’amis à prendre le champagne avec nous, pour fêter la nouvelle vie de sa « chère Claudie » ; je l’ai entendu l’annoncer pendant qu’elle nous faisait visiter nos chambres. Au fait, je précise que j’ai une très grande chambre dans le «Pavillon des amis » à l’autre bout du parc, avec les fils de Claude. Nous sommes seuls là dedans, notre salle de bain est aussi vaste que le hammam du Club Med où nous étions l’année dernière avec Maman. Ma chambre est ocre avec des miroirs en forme de soleil tout doré, c’est incroyablement joli. Et surtout sans araignée et très loin des parents, je sens que mon paquet de cigarettes va diminuer ce soir.
Les trois invitées sont complètement bouffonnes, elles empestent les parfums trop sucrés, les cheveux du même blond-blanc, la peau marron et luisante sous le reste de soleil, les ongles très longs : pour l’une ils sont rouge coquelicot, l’autre a du verni presque noir et la troisième, à mon avis la moins moche, s’est fait faire une « french manucure », c’est ce qu’elle a dit en gloussant. Les fils de Claude sont rentrés au salon et regardent la fin d’un film d’horreur. Les maris ou plutôt les vieux mecs, sont de l’autre coté du parasol et discutent de la dernière version de l’Audi TT qui va sortir au salon de l’auto en novembre. Génial ! Heureusement, Céleste, la bonne, m’a donné le plat de sandwiches au saumon et c’est vrai que ça me réconforte. Je regarde les petits nuages blancs dans le ciel bleu foncé et je rêve que je m’envole là haut… Il n’y a aucun bruit, aucune odeur, rien que l’air caressant couleur lavande à perte de vue. Tous ces cons trop minuscules ont disparu, victimes de leur petitesse, vaincus par ma montée en altitude.
D’un seul coup un vacarme genre hurlement de poules surprises par un renard dans leur poulailler me fait dégringoler sur terre plus vite que le parachutiste en chute libre.
Les cinq meufs sont hilares, pliées en deux, elles en pleurent, s’étranglent et se massent les côtes de la manière la plus distinguée. Je reviens parmi elles et j’écoute leur conversation entrecoupée de grands râles de fou rire :
« Alors elle m’a dit mais toi aussi tu es une B.M.F. ! »
« Mais toi aussi et toi, depuis longtemps ! »
« Mais bon, c’est quoi une B.M.F.? »
«Tu ne sais pas ? Allez, c’est cool, devine ! »
Une B.M.F. c’est quoi ? Je me le demande aussi, moi : une Bourrique Mal Fringuée, une Bouffie Molle de la Fesse, une Bécasse Mauvaise et Fourbe, une Bourgeoise Merdique et Foutue, une Belle Merde Foireuse et bien non, même si je ne suis pas trop loin.
C’est Steph qui nous éclaire :
« Enfin, les filles, une B.M.F. c’est une Belle-Mère Fixe ! »
«Toi aussi, ma biche ! » dit-elle en s ‘adressant à Claude. « T’es une BMF maintenant ! »
Et là, je ne sais pas comment j’arrive à le penser si vite, mais je balance sans temps d’arrêt :
« Pour l’instant ! »
Après, tout ce que je sais c’est que j’étais super fière mais toute étourdie de ma sortie. Elle, elle avait des larmes dans les yeux.

3 Réponses à “zorro”

  1. kathy85 dit :

    Zorro est arrivé sans se presser …. Bravo je reviendrais voir ce qui se passe ici y’a de la lecture a bientôt

    Dernière publication sur le quotidien de la vie et des gifs : DEJA UN AN

  2. le chat masqué dit :

    bravo, très joli blog, très joli texte

  3. cotcodette dit :

    ça y est j’ai enfin pénétrer dans l’hacienda de Zorro
    avec cette très jolie Diane
    très joli texte ; on a vraiment envie de baffer ces super-pétasses !!

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